Le Totalitarisme médiatique

Roberto Hernández Montoya

Organisation des Etats Américains, Washington, les 23-24 avril 2009.
Destiné à être présenté devant l'OEA. Traduit de l'espagnol pour être lu à la Maison de l'Amérique Latine, Paris, le 1 er juillet 2009.

Il est d'usage de parler de totalitarisme pour se référer à des Etats qui imposent des limites radicales à la liberté. Sous cet angle, le totalitarisme ne peut être exercé que par un Etat et par un Caudillo, Führer, Duce, Petit Père des Peuples, Conducator, etc.

Cette approche ne prend pas en considération les éléments de l'Etat que Louis Althusser (1976) appelait « les appareil idéologiques de l'Etat », parmi lesquels :

•  la religion,
•  l'éducation,
•  la famille,
•  l'appareil juridique,
•  l'appareil politique,
•  les syndicats,
•  les appareils de direction et de tutelle de la culture illustrée et
•  les media.

Dans cet exposé nous n'aborderons que ces derniers.

Comme c'est souvent le cas dans les révolutions, une fracture dans l'Etat s'est produite au Venezuela. Le Peuple et les dirigeants ont conquis le Pouvoir Exécutif et le Pouvoir Législatif à une large mesure, mais de façon précaire. Pour le Pouvoir Judiciaire l'hégémonie n'est pas la même. Il a également autorité sur l'Armée et sur une grande partie des secteurs éducatif et hospitalier.

Dans l'Exécutif, il ne contrôle pas tous les rouages. Certains śuvrent en faveur du secteur privé, souvent ouvertement insurrectionnel, et de plus atteint de vices qui remontent à très loin. Les révolutions prennent du temps, ou, comme disait un graffiti pendant la Révolution Française: « Patientez, on est en révolution »

L'Exécutif et le Législatif ont un comportement poreux qui ne permet pas de contrôler complètement la conduite de tous les fonctionnaires. Certains finissent par faire ouvertement partie de l'opposition, cooptés par le capital, qui tente les plus forts comme les plus faibles, avec des conséquences prévisibles.

C'est cet État fragmentaire (justement tout le contraire du totalitarisme) qui fait face aux puissances impériales, elles, totalitaires, comme la hiérarchie écclésiastique soutenue par la monarchie du Vatican; au patronat, avec Fedecámaras, à l'appareil syndical de tradition jaune, allié de Fedecámaras, à l'essentiel de l'enseignement privé, en particulier religieux, aux universités autonomes, aux cliniques privées, à une partie des hôpitaux publics et à une importante partie des transports. À cela doit-on ajouter l'ingérence des agences de l'Empire et ses filiales en Europe.

L'administration de la justice est partiellement insurrectionnelle, comme l'ont montré les 170 Procureurs qui se sont prononcés en faveur du Coup d'Etat le 12 avril 2002, puis la sentence honteuse du Tribunal Suprême proclamant qu'il n'y a pas eu de Coup d'Etat mais un « vacance du pouvoir », et que les militaires qui avaient séquestré et mis au secret le Président Hugo Chávez l'avaient simplement mis « sous tutelle » et étaient « impregnés [ sic ] de bonnes intentions », etc.

Mais c'est dans les médias que le pouvoir de l'opposition devient évident. C'est ce que j'appelle le totalitarisme médiatique et que d'autres ont appelé la médiacratie (Antillano).

Malheureusement, le phénomène ne se limite pas au Venezuela. Il s'est propagé dans le monde entier et il ne reste pratiquement plus un seul interstice de la société d'où il soit absent. Une poignée de médias seulement a réussi à se maintenir indépendante de ce système totalitaire. Des revues comme The New Yorker , par exemple, les revues françaises Marianne et Le Monde diplomatique , et quelques autres, rares exemples, qui tombent l'une après l'autre, en particulier quand elles sont achetées par les grands appareils médiatiques : Vivendi, Warner-AOL, O Globo, Televisa, Murdoch, Berlusconi, Prisa, Hearst Communications, Pearson PLC, Mediaset, Publitalia, etc.

Mais il n'est pas nécessaire d'appartenir à l'un de ces Léviathans pour faire partie du totalitarisme médiatique. C'est un domaine autant idéologique que corporatiste. Il s'agit donc d'un appareil idéologique de l'Etat.

L'idéologie n'est pas un mythe

L'idéologie a des composantes structurelles qui en font une formidable machine. Je ne m'étendrai pas ici sur des considérations à propos des règles qui gouvernent le discours en général, car nous ne sommes pas dans le cadre d'une chaire universitaire et le temps nous manque. Je me limiterai donc à évoquer certains exemples de comportements discursifs.

Le discours (qui comprend toute la production symbolique, qu'elle soit ou non verbale) obéit à une grammaire stricte. Songeons, par exemple, à la manière dont le discours règle la production de mythes, de légendes —dont certaines urbaines—, d'idéologies, etc., à un point tel que, comme disait Pierre Bourdieu, on peut finir par être «parlé » par le discours. Nous pouvons voir comment naissent des produits discursifs qui parfois s'émancipent totalement ou presque totalement de la réalité, par des histoires fictives et ouvertement fausses, comme les célèbres Protocoles des Sages de Sion , dont l'imposture est facilement traçable, mais extraordinairement difficile à contrer, comme le montre sa persistance presque obsessionnelle dans le discours antijuif et même antisioniste. Les mythes antijuifs en Europe, le racisme en général, le sexisme, l'homophobie et autres formes de discrimination ont été, eux aussi, des discours.

Le discours se veut universel et éternel, comme celui de la religion. Par exemple, le racisme contre les afro-descendants et les indiens s'est imposé au monde entier à partir de la conquête des Amériques. Avant, pour les romains, les noirs étaient des barbares au même titre que les blonds germaniques. Les esclaves romains étaient blancs comme les citoyens libres. En Amérique, le discours sur l'esclavage s'est croisé avec le discours naissant du racisme.

Roland Barthes l'a illustré de façon admirable:

« La structure ne fait pas exception de personne; elle est donc terrible (comme une bureaucratie). Nous ne pouvons pas la supplier et lui dire: “Regarde, je suis mieux que H…” Elle répondra, inexorable : « Tu es à la même place que H, donc tu es H… » Personne ne peut plaider contre la structure » (Barthes, 1977, 154-55).

Quand, avec le totalitarisme médiatique, la structure devient syndicat, elle acquiert une puissance formidable et terrifiante, car elle n'est plus une structure automatique, comme celle décrite par Barthes, mais un appareil d'Etat pleinement conscient et pervers, qui exerce son hégémonie avec obstination et sans scrupules.

Nous avons vu comment les médias ont provoqué et même commis un génocide au Rwanda, un « nettoyage ethnique » dans les Balkans, l'invasion d'un pays pour chercher un homme insaisissable comme Oussama Ben Laden, une invasion et un génocide fondés sur le mensonge des « armes de destruction massive » en Irak. En avril 2002, au Venezuela, les médias ont appelé au Coup d'Etat, ils l'ont organisé et exécuté. Mais il n'y a pas que les guerres et les génocides, il est encore d'autres mécanismes de destruction massive comme l'idéologie néolibérale, dont les résultats dévastateurs ont abouti à la crise économique mondiale actuelle sans que personne ne puisse prévoir comment elle finira.

Mais par contre nous pouvons voir que si le Venezuela a payé un prix élevé pour se soustraire à cette influence, il a su se préserver des conséquences les plus sévères de la crise.

Par les discours on renverse des gouvernements, on justifie les assassinats de Chefs d'Etat, on dissimule ou on justifie la contamination de notre planète, on maintient de vieux préjugés de classe, sexistes, racistes, régionalistes, chauvinistes, xénophobes, etc. On alimente, par exemple, le manque d'auto-estime des peuples dominés.

Comme vous pouvez le voir, il s'agit de messages où prévaut une composante irrationnelle.

Ainsi, au Venezuela, voyons-nous —et nous ne voyons pas— des choses et des événements selon le bon vouloir des médias. Ils rendent invisible ce qui ne les arrange pas et visibles des choses fausses. Parfois aussi ils exagèrent l'importance de certaines choses vraies.

Il y a des années, le prestidigitateur David Copperfield a fait disparaître la Statue de la Liberté. Les médias du Venezuela sont bien plus performants, car le 13 avril ils ont fait disparaître le Venezuela tout entier. Ces jours-ci on en train de répéter l'expérience en Honduras sous nos yeux. Tandis que le Président Chávez était captif, que le peuple se déployait partout pour exiger son retour au pouvoir, se rassemblant pacifiquement devant les casernes, devant le Palais Présidentiel, devant la chaîne de télévision publique, que nous montrait la télévision putschiste (car qui fait un putsch est putschiste) ? Tom et Jerry, Titi et Gros Minet, les Simpson, etc.

Si les anciens médias cachaient la réalité, les nouveaux médias font mieux que la communiquer : ils la créent. Les téléphones portables, Internet, sont devenus les clochers qui convoquent les gens à des assemblées éclair pour prendre des décisions éclair. Les jeunes avec leurs motos sont eux aussi devenus des médias, portant et rapportant des messages, transportant des personnes. Ils ont ainsi vérifié la consigne « Seul le peuple sauve le peuple » (Hernández, 2002a)

Au Venezuela les gens qui regardent ces chaînes de télévision ne connaissent pas l'śuvre gigantesque de la Révolution. Par contre ils connaissent des fictions étonnantes, qui laisseraient pantois Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares dans le roman L'Invention de Morel (Hernández, 2003)

Par exemple, ils ont inventé récemment une fiction: le gouvernement brûle les livres, en particulier ceux de notre grand écrivain Rómulo Gallegos, qui, selon Pompeyo Márquez, converti à l'opposition (2009), sont retirés des bibliothèques publiques parce que leur auteur était capitaliste. Il est curieux que du jour au lendemain tous répètent la même consigne, la même matrice d'opinion : le gouvernement-vénézuélien-brûle-des-livres-surtout-ceux-de-Rómulo-Gallegos.

Or pour cette opération, ils ont occulté des éléments fondamentaux. Acción Democrática, le parti politique fondé par Rómulo Gallegos, a rendu totalement invisible ce grand maître qui par son honnêteté et sa lucidité est devenu trop dérangeant pour ce parti dans la période noire qu'il vit actuellement. On peut parler pendant des mois, pendant des années entières, avec un dirigeant d'Acción Democrática sans savoir que Rómulo Gallegos a même existé.

Maintenant ils se servent d'un fait qui constitue l'ordinaire de la routine de toute bibliothèque —la mise au rebut de livres abîmés par des champignons et contaminant pour d'autres— pour affirmer sur la scène internationale que le Gouvernement vénézuélien brûle des livres. C'était la pièce manquante du puzzle pour le comparer au régime nazi, de la même façon qu'ils se sont servis en janvier dernier du cambriolage d'une synagogue, commis par le chauffeur du Rabin, pour dire que le gouvernement s'en prenait à la communauté juive.

Ceux qui m'écoutent ont été certainement trompés par le discours sur l'assaut de la synagogue par le gouvernement ou ses partisans, mais ils n'ont rien lu et rien entendu des éclaircissements sur la nature des faits qui se sont produits, mises à part les brillantes interventions de notre Ambassadeur Roy Chaderton. Ce qu'ils veulent, c'est instaurer une version structurée du gouvernement vénézuélien: un régime totalitaire d'inspiration nazi-fasciste. C'est un curieux phénomène de projection sur l'autre de ce qu'ils sont. La preuve en est la vocation clairement totalitaire du célèbre et aujourd'hui introuvable Acte Constitutif du Gouvernement de Transition Démocratique et d'Unité Nationale (Carmona et autres, 2002). Comme ils n'ont aucune preuve de quelque forme de répression que ce soit, ils l'inventent ou provoquent des actions violentes pour crier ensuite à la persécution. Pour vérifier ce que je dis il suffit de confronter ces médias en allant au Venezuela ou par Internet. Voici quelques liens qui vous permettront de vérifier mes affirmations :

el-nacional.com/

eluniversal.com

globovision.com/

Car le Gouvernement vénézuélien n'a rien contre Rómulo Gallegos, ni contre les juifs, ni contre aucune autre religion, ethnie ou nationalité ; il ne censure aucune idée ni aucun auteur, bien au contraire, il honore la figure du grand écrivain Rómulo Gallegos, il maintient et renforce le Prix International de Roman Rómulo Gallegos, il a renforcé le Centre d'Etudes Latino-américaines Rómulo Gallegos (Celarg, www.celarg.gob.ve ), que je préside, il a inauguré l'Imprimerie Culturelle avec une édition du chef d'śuvre de Gallegos, Doña Bárbara (2008), qui a été distribué gratuitement dans les rues et sur les places.

Le remplacement d'un buste de Gallegos par un buste de Cipriano Castro ne doit pas occulter le fait que le Président Chavez, comme tout llanero, est un admirateur enthousiaste de Gallegos, qu'il cite souvent de mémoire. Par ailleurs, la publication et la distribution gratuite de Doña Bárbara ont été le résultat d'instructions explicites et publiques du Président Chavez.

Le Gouvernement révolutionnaire vénézuélien a aussi imprimé et distribué Don Quichotte de La Manche et Les misérables à plus de quinze millions d'exemplaires, gratuitement ou à très bas prix (moins d'un dollar). Il a créé la Bibliothèque des Conseils Communaux, cent titres publiés à 25.000 exemplaires et distribués eux aussi gratuitement. Le Gouvernement bolivarien a racheté les Editions Monte Ávila et la Bibliothèque Ayacucho , que les gouvernements précédents avaient laissés tomber en faillite. Il a crée une maison d'édition pour des publications à grand tirage, El Perro y la Rana. Il a crée l'Imprimerie Culturelle déjà citée et renforcé l'Imprimerie Nationale. Le Ministère de l'Information et de la Communication publie des livres excellents et gratuits, qui peuvent être téléchargés en format .pdf sur minci.gob.ve/publicaciones/6/

Et, contrairement à ce qui affirme le totalitarisme médiatique, on n'y publie pas que des livres du Che ou de Marx —même si je ne vois pas ce qu'il y a de mal à lire ces auteurs— mais également des śuvres d'Omar Khayyâm, d'Homère, de Shakespeare, de Cervantes, qui ne sont pas, à ma connaissance, des auteurs « chavistes ».

L'inquisition médiatique

Comme du temps de la Sainte Inquisition , toute accusation équivaut à une condamnation sans appel, car le droit de réponse, s'il existe, est publié au coin d'une page ou réduit à quelques secondes de transmission, qui ne garantissent pas que celui qui pris connaissance de l'accusation prendra également connaissance du démenti. De toutes façons, le doute demeure, car « il n'y a pas de fumée sans feu », « si on le dit, c'est qu'il a de bonnes raisons ». (Hernández, 2002b).

Les médias sont donc irréfutables et encore plus infaillibles que le Pape, qui maintenant commet des erreurs. Car, comme tout pouvoir absolu, les médias se prétendent parfaits et intouchables.

Un peu plus et ils invoqueraient le Droit divin, comme les Rois, qui étaient souverains par la Grâce de Dieu. Comme le dictateur fasciste espagnol Francisco Franco, ils ne sont responsables que « devant Dieu et devant l'Histoire ». Tout comme Pedro Carmona, dans son célèbre Décret autocratique de 2002. (Carmona et autres).

Information de classe

Un autre procédé du totalitarisme médiatique est celui que Pierre Bourdieu appelait « la circulation circulaire de l'information ». Un dispositif pervers projette n'importe quelle information, vraie ou fausse —là n'est pas la question— de médias en médias, dans le monde entier s'il le faut, par un simulacre de confirmation, jusqu'à ce qu'elle devienne une Vérité Révélée par l'Epiphanie Médiatique. Ce fut le cas avec les soi-disantes « armes de destruction massive » que l'Irak aurait caché dans son sous-sol. Le gouvernement des Etats Unis a menti dans cette affaire par la bouche de ses porte-parole les plus autorisés et le totalitarisme médiatique a immédiatement amplifié leurs affirmations dans le monde entier pour justifier l'invasion et la mort de plus d'un million d'Iraquiens. Souvenez-vous d'ailleurs de l'interdiction de photographier ou de filmer les cercueils des soldats nord-américains. Le totalitarisme médiatique, lui, est une arme de destruction massive.

L'origine du totalitarisme médiatique se trouve dans l'état actuel de la lutte des classes. Il est un instrument de domination du capital hégémonique dans sa phase néolibérale. Il s'agit de maintenir les peuples dans un état d'extrême ignorance, de frivolité, d'imbécillité, de racisme, de classisme, de sexisme, d'homophobie, etc. Bref : les attributs de l'ultra-droite.

Jadis cela se faisait surtout depuis les chaires des églises et des universités. Aujourd'hui ces instruments ne sont rien, comparés au totalitarisme des médias. Nous voyons ainsi les Universités latino-américaines, qui furent à la pointe de tant de combats, devenir les apôtres de la Pensée Unique et de la Fin de l'Histoire (Fukuyama). Les Universités européennes, menacées par le capital, commencent à connaître une dérive similaire…

On ne lit plus les journaux pour connaître les événements, mais pour savoir ce qu'il faut répéter comme un perroquet pour être « branché ». À une époque, il fallait dire que les talibans étaient les « soldats de la liberté », comme les appela Ronald Reagan lorsque les Talibans étaient les alliés de Rambo, ce qui fut leur plus haute consécration symbolique. À présent, il faut dire le contraire. Mouammar Kadhafi n'est plus le féroce dictateur libyen depuis qu'il a signé des Accords avec l'Occident, c'est-à-dire avec les rares mais importants appareils qui contrôlent le pouvoir en Europe et aux Etats-Unis.

Il fut un temps où Saddam Hussein avait raison de faire la guerre à l'Iran et d'exterminer des iraquiens. Il avait tellement raison qu'il put le faire avec les armes de destruction massive fournies par les Etats-Unis. Mais voilà qu'un beau jour il s'est réveillé dictateur, réincarnation de Hitler, condamné par Nostradamus et autres qualificatifs qui l'ont mené à être pendu dans un lynchage qui aurait ferait honte au Ku Klux Klan. Pervez Musharraf a été un bon dictateur car, cédant à la pression des Etats-Unis, il rallia son pays, le Pakistan, au front anti-Iraquien. Mais un bon jour, il est tout d'un coup devenu méchant et doit s'estimer heureux d'être en vie. Pour l'instant!

Pendant des années on nous a parlé de la sauvagerie de Slobodan Miloševic et maintenant je me demande s'il ne faudrait pas rembobiner le film, car les informations nous venaient de CNN, Fox News et autres médias similaires. En tout état de cause, peu importe ce qu'a été Miloševic, car pour les médias impériaux il y a de mauvais dictateurs (Miloševic) et de bons dictateurs ( Musharraf ), selon qu'ils répondent ou non aux intérêts du totalitarisme médiatique. C'est pour cela que je préviens toujours: faites attention, surtout maintenant qu'Obama promet la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays. Il ment peut-être, mais s'il ne mentait pas ? Mieux vaut revenir au pari de Pascal. Ceci est tellement essentiel que les nouveaus dictionnaires pourraient définir le mot dictateur de la façon suivante:

Dictateur/Dictatrice. M. et F. Se dit de tous ceux que le totalitarisme médiatique désigne comme tels.

A l'école, on m'a appris que le mètre était la « dix millionième partie du quadrant du méridien terrestre ». Des mesures ultérieures ont trouvé une erreur dans ce calcul. La définition devint donc fonctionnelle : « La distance entre deux marques sur une barre de platine iridié qui se trouve au Bureau des Poids et Mesures, à Sèvres, France ». Aujourd'hui, il est défini comme la distance parcourue par la lumière en 3,34 nanosecondes.

Le problème est résolu. Les écoles d'études politiques du monde entier n'auront plus à se perdre dans des discussions byzantines. Il leur suffira de se connecter à n'importe quel média pour savoir ce qu'il faut savoir.

La vérité, on s'en fiche

La question n'est plus de savoir si les groupes qui contrôlent la plupart de l'information mondiale disent la vérité. A une époque, la vérité était une chose très élevée, qui était l'affaire de quelques rares philosophes choisis et de tous les théologiens.

Avec la révolte des masses, la vérité a pris la rue. Nous ne savons plus où elle se trouve, car tous les jours le jeu de passe-passe médiatique fait que l'on ne sait plus où elle est, dans ce labyrinthe de miroirs. Il y a des pays si submergés par un tel bruitage qu'il devient difficile d'entendre une voix dissidente, faible et peu accessible. Les grands médias ne disent ni vérités ni mensonges, il décrètent ce qu'est la vérité et ce qu'est le mensonge. Joseph Goebbels inventa cette alchimie perverse de l'information qui répète un mensonge jusqu'à ce qu'il se transmute en vérité.

Au Venezuela nous vivons une période goebbelsienne, hearstienne et orwellienne, où le mensonge est vérité et la vérité, mensonge. La liberté, c'est instaurer une dictature, exhibée de façon obscène par le totalitarisme médiatique pendant l'éphémère dictature de Pedro Carmona Estanga. Par contre, un Président élu et ratifié par 14 scrutins est un dictateur. Pendant ces jours-là, ils ont donné l'ordre de réduire au silence tous les partisans de Chávez, comme mon camarade Andrés Izarra peut en témoigner. Ceux qui donnèrent cet ordre, ce sont les mêmes qui se servent de la totale liberté d'expression qui règne au Venezuela pour dire quelque chose comme : « Je me sers librement de la liberté d'expression pour dire librement qu'au Venezuela il n'est pas possible de s'exprimer avec la liberté avec laquelle je m'exprime ». Je ne sais pas si je me fais comprendre. Ou plutôt je sais que je ne me fais pas comprendre. Mais vous comprendrez si vous regardez quelques minutes la télévision putschiste du Venezuela.

Si le journal El País de Madrid écrit quelque chose sur le Venezuela, il ne s'agit pas de discuter si ce qu'il dit est vrai ou pas, mais les intellectuels, les professeurs, les hommes politiques et autres professionnels de la vie publique sauront en le lisant ce qu'il faut dire. S'ils disent le contraire, ils risquent d'être écartés, de perdre leur chaire universitaire, les médias ne parleront plus de leurs livres, ils ne seront plus invités à donner des conférences. Ils n'existeront plus pour le public et, comme tout le monde le sait, celui qui n'apparaît pas à la télévision n'existe pas.

Mais, en fin de compte, qu'est-ce que la vérité? Je n'ai pas l'audace de répondre à cette vieille question de la philosophie, mais je peux vous affirmer que le totalitarisme médiatique produit un univers parallèle qui n'a presque rien à voir avec des expériences vérifiables. Par exemple, Fox News dit, avec perfidie, qu'au Venezuela il y un « dictateur cruel ». Globovisión est plus mesurée, si cet adjectif pouvait lui être appliqué, car elle a son siège au Venezuela et tout le monde peut vérifier qu'il n'y a pas de dictateur, ni cruel ni doux. Mais le public lointain de Fox News n'a aucun moyen de vérifier ce qui est dit. Même si ces derniers temps au Venezuela certains commencent à dire que nous sommes une dictature. Enfin ! Et ils l'affirment librement. Ce serait comique si ce n'était pas si banal.

La plus grande force du totalitarisme médiatique est l'illusion d'unanimité qu'il donne. En ne permettant pas aux voix discordantes de s'exprimer, il répand une impression d'harmonie. Il ne permet pas la moindre manifestation de divergence. C'est ce qui fait son caractère totalitaire. Mais c'est aussi sa faiblesse : il suffit qu'une voix dissonante se manifeste contre ce chśur minutieusement orchestré pour que toute l'armature cède, comme s'écroula le château de Klingsor.

Ma voix est faible, mais plus sera compact le totalitarisme où elle résonne, plus elle pourra devenir formidable.

Références

Althusser, Louis. (1976). « Idéologie et appareils idéologiques d'Etat ». Positions. Paris: Éditions Sociales.

Antillano, Pablo. (2002, mayo 19). «La mediocracia». El Nacional. Disponible:

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Barthes, Roland. (1977). Fragments d'un discours amoureux. Paris: les Éditions du Seuil.

Carmona Estanga, Pedro y firmantes. (2002). Acta de constitución del Gobierno de Transición Democrática y Unidad Nacional. Disponible:

analitica.com/bitblioteca/Carmona_estanga/decreto1.asp

Fukuyama, Francis. (1992). The End of History and the Last Man. New York: Free Press.

Gallegos, Rómulo. (2008). Doña Bárbara. Caracas: El Perro y la Rana.

Hernández Montoya, Roberto. (2002, julio). «La inquisición mediática». Caracas. Disponible:

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_________________________. (2002, agosto). «Nuevos medios contra viejos golpes». Question. Caracas. Disponible:

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_________________________. (2003, julio), «La reinvención de Morel». Question. Caracas. Disponible:

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Márquez, Pompeyo. (2009, abril 2). «Revolución cultural». Últimas Noticias. Caracas.

 

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